Chloé Munich et Vincent Lalanne vivent et travaillent à Paris et forment un duo d’artistes usant principalement de la vidéo mais aussi de la performance et de l’installation pour créer des œuvres ayant une dimension caustique. Leurs réalisations traitent des choses du quotidien comme les constructions sociales que l’on subit, la vision des hommes et des femmes sur leurs environnements ou encore la posture de l’artiste d’aujourd’hui. Leurs regards, faussement naïfs posés sur ces sujets, permettent au spectateur de faire un pas de côté et d’avoir une vue distanciée sur les images et les histoires qu’ils racontent. En voyant leurs pièces, on se demande «que regarde-t- on?»: une archive, un conte, une vidéo amateur, un montage professionnel, une œuvre d’art?

 

On n’est jamais sûr de la réponse. Cette confusion sciemment orchestrée donne une autonomie à leurs pièces. Le public peut alors s’approprier l’œuvre, y projeter sa propre histoire, suivre le sentier de la narration ou y flâner de pensée en pensée, bercé par le récit. Et pour cela, le binôme élabore des compositions d’images récupérées sur le web en les assemblant à leurs propres vidéos. Il les réalise en se mettant lui-même en scène ou avec des acteurs amateurs qui sont en fait leurs proches. Et c’est par eux que ce duo peut se dévoiler, mettant en crise nos illusions(1). Leurs mises en forme plastiques témoignent d’une porosité entre l’intime et la fiction, et leurs façons de réécrire le réel et de le détourner illustre notre temps.

note 1:
Dans Quand les images prennent position, Georges Didi-Huberman cite Bertolt Brecht : «Critiquer l’illusion, mettre en crise la représentation, cela commence par mettre en avant la modestie du geste même qui consiste à montrer : distancier, c’est montrer».

 

     
     

 

 

La Guerre des animaux est une forme hybride entre vidéo et performance. Elle raconte l’histoire d’un couple faisant preuve d’initiative vis-à-vis de la nature. Vincent, citadin passionné d’écologie mais n’ayant aucune expérience du terrain, réalise son rêve et entraîne Chloé au cœur de la forêt pour des vacances écotouristiques, en immersion dans une réserve naturelle. Toujours en hors-champ, elle essaie de le suivre dans cette quête personnelle et immortalise, avec sa caméra, les moments de doute et de solitude. En découvrant ce monde sauvage, Vincent et Chloé se confrontent, chacun à leur façon, à des questions existentielles. Dans cette vidéo de vacances agrémentée de journal intime, ils posent des mots sur la peur, la colère, les désillusions mais aussi l’espoir de leurs personnages.

 

 

 

« Je rejoins Vincent. Il a quitté son travail pour réaliser un rêve. Celui de partir vivre au milieu de la nature tout un été. C’est un citadin et l’écologie le passionne alors ce qu’il veut cet été, c’est vivre une expérience sur le terrain. Il a lu sur des livres théoriques sur le sujet mais je sens en lui un manque, presque une souffrance. Il fait une fixation sur tout ça et j’ai envie de le suivre, de l’accompagner dans sa recherche. J’ai pris le temps de lire un bouquin qu’il m’a prêté avant de partir, on pourra en parler quand j’arriverais. Là bas y a pas énormément de choses à faire donc on aura le temps. « Milieu animal et milieu humain » c’est le titre du livre. Ça m’a fait réfléchir à un truc auquel je n’avais jamais pensé et qui pourtant est si simple: La subjectivité animale. Sans aucun anthropomorphisme, l’auteur explique que chaque espèce vit dans un environnement unique, déterminé par sa perception. L’animal est un sujet à part entière produisant un monde, étant à la fois acteur et auteur de son milieu. »

 
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Un & Deux est un conte philosophique où la découverte d’autrui est le point de départ d’un questionnement vertigineux sur le rôle de l’amitié. Un et Deux, petits personnages dans une cours de récréation traversent un obstacle sur lequel chaque individu peut trébucher en percevant l’existence d’un autre que lui. Lorsque Un découvre la consciences de Deux, une question s’impose : cette rencontre doit-elle forcément finir en confrontation? Entre l’heure du goûter et les cours de coloriage, Un cherchent à conquérir la conscience de Deux, tout à fait semblable à la sienne et pourtant radicalement différente.

 

 

 

 

 

« Et lorsque Un pris réellement conscience de la conscience de Deux, il voulut à tout prix s’en saisir.

Mais comment faire ? Quand il était en compagnie de Deux, il imaginait que cette conscience qu’il désirait conquérir, maîtriser et même contrôler, était un gâteau au yaourt, comme celui que ses parents lui préparait pour le goûter du mercredi après-midi. Il s’imaginait en capter tous les ingrédients, puis en faire une pâte pour la cuire et enfin le déguster, dans l’enthousiasme et la satisfaction.

En fait, transformer la conscience de Deux en délicieux gâteau, c’était aussi la priver de son essentielle liberté. Mais pour Un, la destruction de la conscience de son ami pour la victoire de la sienne était devenu un aboutissement nécessaire : Cela lui permettrait de préserver toute la liberté de sa propre conscience.»
 
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Cette vidéo-performance explore le grand labyrinthe de la vie, par le prisme de l’artiste. Ses croyances sont comme des murs et plus les croyances sont fortes, plus les murs sont hauts. Grâce à la créativité, et à l’aptitude qu’elle nous offre à changer, on peut rabaisser ces murs. Un couloir sans vue se transforme alors en bel horizon. Alors pourquoi ne pas remettre en question nos croyances ? Et voir tout simplement apparaître devant soi un beau paysage. Accepter d’être le mat, c’est représenter un être qui avance sans but précis, de manière irrationnelle aux yeux du monde. C’est aussi risquer de se perdre dans un océan d’incertitudes. Accepter d’être le mat, c’est s’accomplir…

Vivre à la fois le désarroi
et la liberté de l’errance.

« Tableau
— C’est vrai que ce n’est pas si simple, Vincent qui disait créer pour s’amuser ça n’a pas l’air si divertissant...
Chloé
— Le divertissement et l’amusement ce n’est pas la même chose, et puis créer demande pas mal de travail, c’est ainsi!
Tableau
— Quoi?...Tu disais que ce n’était pas un travail! Et c’est quoi la difference entre l’amusement et le divertissement?
Chloé
— Oui je dis que créer ce n’est pas un travail mais ça demande du travail : créer ce n’est pas seulement avoir une idée c’est aussi la réaliser.
Tableau
— Et le divertissement?
Chloé
— Le divertissement et le travail, c’est la même chose. Ça nous occupe l’esprit... ça vient de notre incapacité à ne rien faire.
Tableau
— Et les idées c’est l’amusement?
Chloé
— Oui les idées c’est agir contre cette incapacité, c’est résister. Les idées c’est l’amusement parce que c’est la liberté... »

 
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Cette série de trois vidéos est une ode à la fantaisie. Inspirée par le travail de Jean-Christophe Averty, elles ont été diffusées à l’occasion de la soirée Vidéo de fantaisie curatée par l’artiste Florent Dubois au Confort Moderne. Pour lui “Vidéo de fantaisie présente des bizarreries filmées dont la facticité nous inspire, comme un bijou fantaisie. Marqueurs de choix d’une culture pop extrêmement sophistiquée, films visuellement apprêtés, suffisants et autonomes comme des danseurs faisant leur parade.» À la manière des Youtube Poop, Glamour, Fantaisie & Peintures mixent diverses typologies d’images standards pour nous en dévoiler l’absurdité.

 

 

 




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Diffusées sur youtube et partagées via les réseaux sociaux, ces vidéos promotionnelles sont le fruit d’une commande de la maison d’édition indépendante les Requins Marteaux, qui souhaitait un travail d’artiste pour mettre en avant leurs nouveautés éditoriales. Elles sont réalisées comme des collages, à partir d’images récupérées sur le web pour former une série de publicités excentriques et décalées.

Disponible sur le site
des Requins Marteaux
livres pour les titres: Une vie de famille agréable, Vermines, Franky 2, La danse des morts, Teddy beat 2, La Caïda et Coyota, Gazoline, L’Odyssée du vice et Le cas Alain Luch.

 
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Cette compilation d’histoires courtes traitent de plusieurs facettes du dilettantisme. Elles sont inspirées de faits réels, pour percer à jour toutes les dimensions et les limites de la posture de ceux qui vivent en dilettante. Ces récits interrrogent notemment la notion de travail, d’engagement, ou encore sur la posture des artistes d’aujourd’hui.
Ce film est une collaboration avec Michaël Verger-Laurent, critique et philosophe.
« On m’a donné un professeur, il avait l’air sympathique, compétent. Il m’a dita: Pour faire du cheval, il faut d’abord le seller, lui mettre un mors, et tirer sur sa bride pour qu’il apprenne à vous obéir et qu’il marche au pas… enfin, il m’a fait tout un discours. Moi je lui ai dit : Non, je n’ai pas trop envie de faire comme ça.
Et lui, il n’a pas compris, il a eu l’air intrigué… il m’a répondu qu’il n’y avait qu’une seule manière d’apprendre à faire du cheval.
Je lui ai dit que ça m’étonnerait beaucoup qu’il n’y ait qu’une seule manière, et que de toute façon, s’il n’y en avait qu’une, c’était peut-être que je n’avais pas envie d’apprendre à faire du cheval, alors, que je m’étais mal exprimé. Peut-être que je voulais juste apprendre à être avec un cheval, à être mis en présence d’un cheval.
Le type était fou. Il m’a dit que je n’étais pas sérieux. Qu’en vingt ans de métier, il n’avait jamais vu ça. Après, il a essayé de me convaincre, il croyait vraiment que j’étais en train de plaisanter. »
 
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À travers l’évocation, à la fois intime et objective, du souvenir, cette vidéo-performance s’intéresse à l’identité et au territoire : un coffre construit pour s’exiler, un déménagement ou encore un paysage sont les éléments centraux de ce récit autobiographique. L’accumulation d’images, de textes, de sources variées sont mises en vidéo et en espace pour devenir une vidéo-performance. Le son et les images sont joués grâce à une partition précise et les spectateurs aperçoivent le dispositif de fabrication du film en même temps qu’il est projeté.
« Quelques temps après, nous sommes allés chercher le coffre chez mes parents. Le soirs nous avons mangé ensemble sur la terasse de leurs maison. J’ai demandé à ma mère: «Comment dit-on le mot «paysage» en patois de mes grand-parents?»
Elle m’a répondu que ce mot n’existe pas dans ce langage. Cela semblait tout à fait logique à mon père. Il disait «il y a une notion de représentation dans ce mot qui n’a aucun sens pour des gens ruraux dans les générations passées. Ils travaillaient la terre et n’avaient surement pas le temps de lever la tête». C’était assez étrange pour moi car nous étions juste à l’endroit où l’on voit le mieux le paysage de mon enfance et c’est aussi celui de mon arrière grand-père, mon grand-père et ma mère. Nous avons eu cette conversation juste avant que je finisse Les plaines du kanto, un livre que Jean-Gabriel m’a offert pour mon anniversaire. Sur la dernière page, on peut y lire, ouvez les guillemets:
«Nous avons tous grandi au sein de paysages particuliers. Ils nous étaient tellement familiers que nous ne les considérons presque pas comme des paysages, pas comme ceux dont on peut dire qu’on les apprécie. Ils sont comme inscrit dans notre subconscient. On finit peut-être toujours par rendre des paysages abstraits, par le réduire à une forme simple. Et il y a dans cette simplicité quelque chose qui détermine ensuite toute notre vie.» »
 
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Sovenir signifie “souvenir” en Béarnais. Réalisé à partir d’une lecture d’un extrait intitulé Réminiscence ou création? (Proust) de Frédéric Worms, cette vidéo évoque le dernier souvenir marquant que l’on peut avoir d’une personne âgée à travers l’histoire de Vincent et sa grand-mère. Dans ce récit, la chanson Se Canto (s’il chante) joue un rôle important: Elle est le point de jonction entre la mémoire collective et le souvenir intime.
Ce karaoké trafiqué devient alors le vecteur de sentiments personnels mais aussi d’identification pour le spectateur.
« Sous ma fenêtre
Il y a un petit oiseau
Qui toute la nuit chante
Chante sa chanson
Refrain
S’il chante, qu’il chante,
Il ne chante pas pour moi
Il chante pour ma mie
Qui est loin de moi
Au-dessus de ma fenêtre
Il y a un amandier
Qui fait des fleurs blanches
Comme du papier
Ces fleurs blanches
Feront des amandes
On s’en remplira les poches
Pour moi et pour vous
En bas, dans la plaine
Il y a un peuplier troué
Le coucou y chante
Peut-être y a-t-il niché ?
Ces montagnes
Qui sont si hautes
M’empèchent de voir
Où sont mes amours
Abaissez vous, montagnes
Plaines, haussez vous
Pour que je puisse voir
Où sont mes amours
Ces montagnes
Se rabaisseront
Et mes amourettes
Se rapprocheront »
 
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Cette conférence performée est un montage de vidéo en direct réalisé à l’aide d’un visionneur de livre, un ordinateur et un vidéo-projecteur. Grâce à des images, des objets manipulés, des vidéos et un commentaire en live, elle forme un ensemble qui définit un regard sur les rapports humains en lien une pratique artistique.
 
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Dans cette vidéo, une femme dévoile son histoire d’amour compliquée au téléphone: elle s’est coupée les cheveux très court pour s’enlaidir et tenter de remettre en question la vision hétéro-normé de son compagnon. Elle livre le récit de son échec, constatant que ce dernier ressent alors encore plus de désir pour elle.